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Interview Doumbia Major, ancien leader de la Fesci parle: « Ceux qui refusent de voir Ouattara exercer le pouvoir ne sont pas seulement au FPI »

MIS EN LIGNE PAR CONNECTIONIVOIRIENNE.NET  · 24 MAI, 2011 A 09:00
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Retiré en France après la chute de Laurent Gbagbo, pour ses occupations personnelles, Doumbia Major s’est ouvert à l’Intelligent d’Abidjan. Une fois de plus, il passe au peigne fin, les discours qui ont occasionné la fracture sociale entre ivoirien. De son nouveau combat après la chute de Laurent Gbagbo et de ses relations avec Anaky Kobenan. Sans omettre de tirer à boulet rouge sur certains politiciens qu’ils taxent de ‘’haineux et d’hypocrites’’.

Un mois après l’arrestation de Laurent Gbagbo, vous êtes toujours en France. Peut-on savoir l’objet de votre séjour dans l’Hexagone ?

Merci pour cette occasion que vous me donnez de m’adresser à vos lecteurs et au peuple de Côte d’Ivoire. Après cette longue et grave crise que nous notre pays vient de traverser, je voudrais avant tout propos m’incliner respectueusement devant les morts survenues du fait direct ou indirect de cette crise. Laurent Gbagbo a certes quitté le pouvoir, mais je ne considère pas le changement que nous avons obtenu comme une victoire, car il ne saurait y avoir de victoire d’un camp sur un autre dans un conflit fratricide qui oppose les fils d’un même pays.

Pourquoi ?

La guerre a été le résultat de notre échec collectif. Elle démontre qu’on n’a pas été habité par la sagesse et qu’on a échoué collectivement à résoudre nos mésententes par la voie du dialogue. Je considère donc la guerre et les violences qui se sont ensuivis comme un échec collectif, car nous n’avons pas pu trouver en nous même les ressources affectives et intellectuelles suffisantes pour régler ce qui nous opposait. Cela est regrettable. J’ai moi-même participé à ce combat fratricide, mais il faut dire que c’est à mon corps défendant, car intérieurement je suis un pacifiste. Mais parfois on est obligé de faire certaines guerres qui s’imposent à nous.  Nous avons mené ce combat qui au-delà de ce qu’on peut en dire, était en réalité un combat contre l’ethnicité et contre des ultranationalistes haineux qui pillaient l’économie du pays, en prenant les populations en otage avec un discours nationaliste tribal et religieux : il s’agissait de l’idéologie de l’Ivoirité devenue patriotisme auquel Gbagbo avait ajouté une dimension religieuse et une dimension populiste à travers le discours souverainiste creux. C’est vrai que nous avons chassé Gbagbo et obtenu le changement, mais nul ne peut être fier du chemin par lequel on a été obligé de passer pour atteindre notre objectif. Il a en effet fallu qu’on se batte, à notre corps défendant, contre nos propres frères qui défendaient ceux qui les manipulaient et qui leur faisaient croire qu’ils étaient supérieurs à d’autres ivoiriens qu’on leur désignait comme inférieurs ou souillant, sur la base de leurs appartenances politiques ou simplement sur la base de caractéristiques ethniques, religieuses ou culturelles. Après une telle bataille, comprenez que je ne suis pas particulièrement pressé de venir sabler le champagne ou me pavaner en victorieux, car je sais que le prix pour y arriver a été un vrai gâchis pour notre pays. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que ça fait 10 ans que je suis engagé dans ce combat contre le régime Gbagbo de manière constante ! C’est d’ailleurs pour rester dans la logique de ce combat et en cohérence avec moi-même que je me suis physiquement rendu à Abidjan au cours des mois d’octobre et novembre passés, au risque de ma vie, pour apporter mon soutien clair et sans ambages à la candidature du président Ouattara. Ce combat a mon niveau personnel a été sans répit, j’ai fait partie de toutes les batailles contre ce régime et je ne me suis pas reposé un instant durant tout ce temps. Je n’ai vraiment pas pu consacrer de temps à moi-même, car mon esprit et toute mon intelligence étaient focalisés sur comment faire chuter ce régime. Le combat ne s’est pas limité à l’élection, puisqu’après l’élection, le président de l’ancien régime a refusé de quitter le pouvoir malgré sa défaite. Face donc au refus de quitter le pouvoir de Laurent Gbagbo, on a été obligé de coordonner et d’organiser, avec certains camarades, l’action de nos camarades qui étaient parmi les résistants qui se sont battus dans les différents quartiers d’Abidjan, contre les soldats de l’ancien régime. Certaines personnes ont même tenté de récupérer ce combat mais, ceux qui nous ont soutenus savent ce que nous avons fait. Nous avons mené ce combat pour le respect de la démocratie et pour le peuple. Il s’agissait de faire en sorte que la volonté exprimée par le peuple en faveur de notre candidat, lors du scrutin du 28 novembre 2010 soit respectée. Nous avons atteint nos objectifs et nous avons demandé à nos camarades de rentrer dans les rangs à la fin du combat. Ceux qui sont intéressés par une carrière militaire sont allés se faire enrôler, les civils sont restés chez eux, ils attendent de pouvoir bénéficier des projets qui leur permettront leur insertion sociale. Après ce travail difficile que nous avons fait en passant des nuits blanches parfois à suivre les opérations, je crois avoir droit à un peu de repos. J’ai fait ma part, j’ai joué honnêtement et jusqu’au bout mon rôle sans tricher. Vous savez que j’ai même mis la soutenance de ma thèse de doctorat entre parenthèse pour mener ce combat ; maintenant que nous avons tourné une page, je veux consacrer un peu de temps pour mes affaires personnels et terminer des choses que j’ai mis en suspend ; c’est ce qui explique que je suis à Paris actuellement pour des raisons privées et professionnelles. Je rentrerai très prochainement, mais cela n’empêche que je continue quand même le combat par mes contributions intellectuelles et aussi dans les espaces de discours où je combats chaque jour les mensonges distillés par le régime Gbagbo. N’oubliez pas que cette guerre est aussi une guerre d’opinion et il faut des personnes qui connaissent l’ancien régime pour en parler ; je suis de ceux-là, car j’ai été une de leurs victimes vivantes qui a subi la torture et l’exil de leur fait.

Cette guerre n’est que le résultat de l’exacerbation du nationalisme qui, selon vous, prend sa source dans le discours ivoiritaire ?

Certains politiciens et intellectuels ont en effet poussé les citoyens à s’approprier un discours de haine des uns vis-à-vis des autres ; ils se sont laissés manipuler par le discours tribal qui hiérarchisait les Ivoiriens en présentant certains comme purs et d’autres comme impurs. Au nom de ce discours de pureté ethnique, certains refusaient que quelqu’un qui a été élu objectivement prenne le pouvoir. Au nom de ce discours, on a brûlé vivant des personnes, et au nom de ce discours on a tué des personnes qu’on voyait comme des envahisseurs ou des personnes qui n’ avaient pas le droit de nous gouverner parce qu’on les voyait comme hiérarchiquement inférieures. Toutes ces abominations se sont passées dans notre pays sans que les intellectuels et des personnes qui se prétendaient démocrates ne lèvent le petit doigt pour les condamner, et tout ceci avec la complicité de certains de nos religieux. Nous étions en plein dans le racisme et la ségrégation par la qualité du sang, une sorte de nazisme tropical, entretenu par un discours populiste et religieux. Car certains croyaient qu’au nom de ce qu’ils appelaient l »‘éternel des armées », ils avaient le droit d’exclure ou de tuer leurs frères qu’ils considéraient comme souillés ou comme indignes d’être Ivoiriens. Il faut avoir le courage de se dire la vérité : ces haineux dont je parle et qui refusent de voir le président Ouattara exercer le pouvoir malgré son élection, ne sont pas uniquement des pontes du FPI ; il s’en trouve même au sein de certains partis alliés.

Dans des partis alliés ? Pouvez-vous nous en dire plus ?

Nous les connaissons, puisque par mépris, certains ont fait leur aveu devant nous-mêmes, en présence de témoins. Qu’ils sachent que leurs faits et gestes sont surveillés, et qu’en temps opportun nous pourrons dévoiler leurs identités aux ivoiriens qui comprendront que notre classe politique est truffée de haineux et surtout d’hypocrites. Par honnêteté, il ne faut pas omettre de dire aussi que ceux qui s’estimaient exclus ont eux aussi commis des exactions pour se venger de ce qu’ils avaient subi. Les citoyens se sont laissé embarquer sur le chemin périlleux de la division dont se sont servi certains hommes politiques pour les prendre comme bouclier ou comme chair à canon, alors que leur seul objectif était de piller les ressources publiques. Je condamne donc Laurent Gbagbo qui n’a pas su résister à la voie facile d’accès au pouvoir

qu’était le tribalisme, la xénophobie et le populisme.

Vous ne pensez pas un instant, être trop dur avec l’ex Président de la République, Laurent Gbagbo ?

Il est vrai que ce n’est pas lui qui a allumé le feu de l’usage du tribalisme et du nationalisme dans le discours politique en Côte d’ivoire, mais il n’a pas été sage de le reprendre en 2000 après la chute de Bédié. Il s’en est servi pour récupérer une partie de la population qui avait été formatée à la haine et à l’ultranationalisme contre Monsieur Ouattara. Je comprends que c’était pour lui une voie rapide d’accès au pouvoir à la suite du Président Bédié qui venait de perdre le pouvoir à la suite du coup d’Etat de Guéï Robert. Mais, en temps qu’historien, il devrait comprendre que le ségrégationnisme et le nationalisme qui à l’intérieur d’un pays exclut une partie de la population, conduit toujours à la guerre. Il n’a pas allumé le feu, mais il a voulu s’en servir pour cuire son plat et ce feu, mal maîtrisé par lui, a brûlé tout le tissu de l’unité nationale. Ayant moi-même une conscience des dégâts que peut entraîner ce genre de discours, je ne pouvais pas rester en dehors du combat contre lui, même si par ailleurs je reste conscient que certains de nos associés ne le combattaient pas pour cette dérive idéologique dangereuse, mais uniquement pour le pouvoir et les bénéfices qu’on peut en tirer. J’ai donc participé au combat contre lui, par principe et au nom de la sauvegarde de l’unité nationale. D’ailleurs depuis 1993 je mène ce combat contre ces idéologies divisionnistes, car j’estime que c’est pour l’élite tribale qui s’enrichit illicitement en pillant les ressources du pays, une façon de détourner les citoyens des vraies préoccupations économiques et sociales.

Vous vous êtes engagé dans ce combat depuis 1993, maintenant que Laurent Gbagbo a été capturé, votre combat prend-t-il fin ?

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Maintenant que nous avons chassé Gbagbo du pouvoir, j’estime que le vrai combat à mener c’est celui de la sécurité sociale et économique pour les populations ivoiriennes sans distinction d’ethnie, de religion ou d’origine sociale. Pour nous, après la chute de Gbagbo, la véritable bataille qui reste à mener c’est celle de faire en sorte que les richesses du pays soient redistribuées aux citoyens sous forme de réalisation de projets de développement, sous forme d’investissement dans l’ éducation et la formation,  sous forme de la démocratisation de l’accès à la santé et sous forme d’assistance aux citoyens qui ne travaillent pas indépendamment de leur volonté. Il s’agit, en fait, du respect du droit à la vie et aussi de l’instauration d’un Etat de droit, d’un Etat moderne et réellement démocratique.

Quel commentaire suscite en vous la fermeture de l’université ?

Je regrette que l’université soit toujours fermée. Pendant la crise post- électorale, j’ai moi-même demandé aux vrais étudiants de vider les résidences universitaires, qui étaient devenues des caches d’armes et des nids de miliciens à la solde de l’ancien régime. Maintenant que la ville d’Abidjan est sous contrôle, il faut rapidement réhabiliter les cités « u » et mettre en place une commission de logement qui va examiner les dossiers pour l’attribution rapide des chambres aux vrais étudiants qui en ont besoin. Il faut nommer un nouveau Directeur du Centre régional des œuvres universitaires; il faut que ce directeur soit quelqu’un qui maîtrise ces dossiers. Je pense aussi qu’en attendant que les associations Estudiantines s’organisent de manière démocratique, il faut les écarter des commissions d’attribution de chambre pour cette année. Il faut éviter de faire perdre aux étudiants une année scolaire, ce serait préjudiciable à l’image du Président. Il doit tout faire pour sauver prioritairement l’école, du primaire à l’université.

Il y a aussi la question récurrente du syndicalisme à l’école. Quelles sont vos solutions pour un syndicalisme plus responsable dans les universités ?

Le syndicalisme en milieu universitaire ne peut être responsable que s’il existe une pluralité syndicale sur le campus. Les organisations syndicales doivent faire leur mue pour s’adapter au nouvel environnement politique.

Avez-vous aujourd’hui des contacts avec les leaders de la FESCI qui ont pris à un moment donné fait et cause pour le Président sortant Laurent Gbagbo ?

Je suis aujourd’hui un politique et à ce titre tout le monde me contacte et je discute avec tout le monde sans complexe, y compris avec mes adversaires. En ce qui concerne les leaders de la FESCI qui ont pris fait et cause pour Gbagbo, j’étais déjà en rupture avec eux depuis 2000 sur la question de l’inféodation du syndicat des étudiants au parti de Laurent Gbagbo. Il y a donc entre eux et moi une divergence notable, mais ils restent cependant des frères. PousséS par l’appât du gain facile, certains ont soutenu Laurent Gbagbo qui prônaient une idéologie tribale similaire au nazisme de l’époque hitlérienne. J’espère qu’ils se réveilleront de la subjugation sous le coup de laquelle, ils étaient. Il faut qu’ils renoncent à la violence et qu’ils adoptent un comportement républicain en se débarrassant du nationalisme tribal pour emprunter le chemin du nationalisme civique, qui met en avant l’idée d’unité nationale et de vivre ensemble. J’espère qu’en temps opportun l’accalmie nous permettra d’ouvrir le débat démocratique sur ces questions qui sont essentielles pour l’avenir de la nation.

Que devient après la victoire d’Alassane Ouattara, votre alliance avec le MFA ?

Vous me donnez là l’occasion de saluer mon aîné M. Anaky Kobenan, qui est un homme droit et sans ambiguïté, qui respecte toujours sa parole donnée. Sur le champ politique ivoirien ce genre de personne est une espèce en voie de disparition. C’est un homme intègre et d’honneur à qui je voue respect et admiration pour ses qualités. Avec son parti le MFA, nous avons signé une entente pour faire triompher la démocratie, en nous engageant ensemble à soutenir le changement contre Laurent Gbagbo, à travers le soutien que nous devrions apporter au candidat le mieux placé du RHDP qui défendait les aspirations du peuple au changement. En l’occurrence ce candidat était le Docteur Alassane Ouattara et nous l’avons soutenu sans hésitation et sans calcul. Au-delà de ce soutien politique, le Président Anaky qui a une très bonne connaissance de Laurent Gbagbo, avait averti que Gbagbo ne quitterait pas le pouvoir même s’il venait à perdre l’élection. Il nous a donc confié de manière anticipée un travail d’organisation que nous avons fait proprement sous sa supervision. Le résultat de ce travail est là, même si le Président Anaky n’est pas du genre à crier tout ce qu’il fait pour le pays, je dois avouer que ce Monsieur n’a pas croisé les bras après l’élection, c’est un homme dont je salue le courage. Notre partenariat s’est montré efficace et gagnant dans la mesure où il a été un cadre qui nous a permis d’apporter ensemble notre modeste contribution dans le changement que nous vivons actuellement en Côte d’Ivoire, même si nous reconnaissons que cette action aurait eut une efficacité limitée sans l’appui significatif des FRCI qui étaient placées sous la conduite intelligente du Premier ministre et Ministre de la Défense, Monsieur Soro Guillaume. Ce pacte républicain MFA-CPR tient toujours ; le Président Anaky est pour nous un parrain auprès duquel nous apprenons beaucoup, c’est une amitié et une confiance que nous comptons lui rendre sans discontinuité.

Avez-vous des projets en vue pour la réconciliation nationale ?

Comme je vous l’ai démontré en début de propos, le mal qui a retardé le progrès social en Côte d’ivoire depuis 1993, c’est le fait que les hommes politiques qui pillaient tranquillement l’économie nationale, ont trouvé le moyen d’occuper et de détourner le regard des citoyens de leurs forfaits en créant des peurs ou en confrontant les citoyens les uns aux autres sur la base des différences ethniques ou religieuses. Ils ont mis en place un système d’altérité, dans lequel il fallait faire croire à certains qu’ils sont purs et qu’ils devaient se battre contre leur invasion ou leur domination par ceux qu’on leur présentaient comme des personnes souillées qui menaçaient de prendre leurs emplois, leurs terres, leurs femmes et qui risquaient même de diluer leur identité. Ce discours là c’est le discours fasciste dont s’est servi Laurent Gbagbo pour brûler le pays et l’unité nationale. Mais je persiste à dire et à redire que Laurent Gbagbo n’est pas celui qui a allumé ce feu qui a brûlé l’unité du tissu national. Il s’en est juste servi.

Il faudra bien sûr la réconciliation pour y remédier, quelles sont vos projets dans  ce sens ?

Pour éviter donc que notre pays ne retombe dans la même situation, il faut avoir le courage de s’attaquer à ce discours de haine ; il faut en faire le procès, il faut le pénaliser et le culpabiliser en un mot il faut faire une détribalisation du discours politique en Côte d’ivoire. Il faut avoir le courage de faire le procès moral de tous ces intellectuels qui ont démissionné de leur rôle essentiel pour l’avancée de la démocratie, en participant directement à la diffusion de ces idéologies de haine, ou indirectement par leur silence bruyant de complicité. Il faut aussi faire le procès de tous les crimes économiques et les enrichissements illicites. Il faut aller dans le sens de la justice et non de la vengeance. Car comme je le dis toujours, la justice est symbolisée par une balance qui comporte deux plateaux équilibrés. Si on ne s’acharne que sur un seul plateau de la balance en ignorant l’autre, on tombe dans l’injustice. Ce sont là quelques préalables nécessaires à résoudre avant de parler d’avenir et de développement, car on ne bâtit pas sur du faux, sur l’injustice et en fermant les yeux sur les vraies causes du mal qui a conduit le pays dans le chaos. Il y a des moments où il faut prendre à bras le corps une réalité et y faire face de manière responsable en dehors des stratégies politiques et des silences qu’imposent les alliances et coalitions politiques. C’est cela être un homme politique qui se veut un homme d’État, car un homme d’État doit avoir une vision globale et à long terme pour son pays, pour son continent et pour le monde. Il faut que les uns et les autres comprennent que le fait d’avoir soutenu le président Ouattara ne doit pas conférer une immunité, à ceux qui ont pillé des ressources publiques, ceux qui ont tenu des discours d’incitation à la haine ou ceux qui ont tué leurs concitoyens sur la base de leur appartenance ethnique, religieuse ou politique. C’est à ces conditions et à bien d’autres que nous bâtirons un état de droit et un état démocratique. Nous avons obtenu le changement en chassant Gbagbo du pouvoir, mais nous devons garder en tête que la démocratie est une construction longue et difficile. C’est le véritable combat qu’il nous reste à mener. Si on ne passe pas par ce chemin et qu’on veut s’attaquer uniquement aux effets, on risque de créer d’autres frustrations. Pour ma part vous savez tous ceux dont j’ai été victime injustement dans ce pays. J’ai été torturé et contraint à l’exil, en violation de la convention internationale contre la torture que notre pays a ratifié et en violation de notre constitution dont j’ai participé à l’écriture et qui dit que nul ne doit être contraint à l’exil. J’attends les journées de dialogue, vérité et réconciliation pour m’exprimer. Sous le régime Gbagbo je n’avais pas été autorisé à m’exprimer pendant le forum de réconciliation, j’espère avoir cette fois l’occasion d’expliquer devant le peuple tout ce que j’ai subi.

Bientôt le Président de la République Alassane Ouattara aura son gouvernement au complet. Certains y voient là, l’heure de la rétribution… Selon vous. A-t-on droit forcément à un poste ministériel ou dans l’administration parce qu’on est militant d’un parti politique ?

Un président doit choisir comme collaborateurs des personnes imprégnées de son programme et de l’idéologie qu’il défend et qui ont des compétences éprouvées pour occuper les postes auxquels elles sont nommées. elles doivent, en plus des compétences, être dotées de qualités morales et éthiques pour occuper ces postes, peu importe qu’elles soient de son parti, qu’elles proviennent d’autres partis ou qu’ils proviennent de la société civile. Il faut que ce soient des personnes qui aient un sens élevé du patriotisme et qui mettent en avant l’intérêt supérieur de la nation. Ce doit être des hommes de confiance, ce qui peut pousser prioritairement à choisir à l’intérieur de son parti, mais l’appartenance au parti n’est pas une condition suffisante et indispensable.

Interview| Doumbia Major pdt du CPR : « L’humain doit chercher l’éternité en faisant des actes bien qui restent pour les générations futures

Ivoireinfo.com : Monsieur Doumbia Major bonjour, on ne saurait commencer cette interview sans vous adresser tout nos encouragements, et notre soutien pour vos initiatives. Nous sommes un organe d’information libre et engagé pour la justice et la démocratisation de la Côte d’Ivoire. Nous avons parcouru votre blog et lu vos interviews. Sans vous le cacher, il faut dire que nous avons été impressionnés par votre franchise, votre constance, votre cohérence et surtout votre attachement à la vérité. Qu’est qui explique cet attachement à la vérité et pourquoi vous surnomme-t-on « le Kankélétigui-Nawlêfouê » ?

Doumbia Major : Je vous remercie, et salue votre intérêt pour les idées que je défends, d’entrée je voudrais dire que je ne suis pas un surhomme, je suis juste quelqu’un qui essai de dire la vérité concernant la gestion des affaires publiques et politiques, là où certains font des calculs et use de ruse et de malice.

Mon surnom Kankélétigui-Nawlêfouê , est un surnom que j’assume pleinement et qui épouse ma façon de voir le monde. Ce surnom est une combinaison qui provient à la fois du Malinké et du Baoulé qui sont la langue de mon père et celui de ma mère. J’ai été éduqué dans ces deux langues que je parle couramment et dont j’épouse les valeurs. Je suis le fruit d’un métissage culturel que j’assume pleinement. Kankélétigui-Nawlêfouê signifie en Dioula en en Baoulé l’homme qui a une seule parole et l’homme de la vérité. Depuis ma tendre enfance je porte ce surnom car j’ai toujours été reconnu comme quelqu’un qui a toujours dit publiquement ce qu’il pensait être la vérité et qui n’abandonnait pas facilement ses convictions.

Cet attachement à la vérité part de la conviction que j’ai qu’une vie humaine s’inscrit dans un laps de temps défini, qui débute avec la naissance et dont la fin est certaine, car tous les humains sont mortels. Alors je me demande pourquoi être mauvais et méchant en mentant et en rusant pour des choses passagères et éphémères.

Ivoireinfo.com : On peut dire qu’on comprend enfin pourquoi on vous surnomme le Kankélétigui-Nawlêfouê , c’est claire

Doumbia Major : Vous savez l’humain n’est pas éternel c’est la vérité qui est éternelle, c’est ce qu’on fait de bien qui est éternel. L’humain doit chercher l’éternité en faisant des actes bien qui restent pour les générations futures, et ça on ne peut pas le faire en bâtissant sur du mensonge et du faux. Vous pouvez mentir dans votre vie privée, ça encore on peut en minimiser les impacts, mais pour ce qui concerne la chose publique, je crois qu’il faut être transparent et ne pas ruser avec la vie des autres.

Ivoireinfo.com : Votre courage intellectuel est admirable, quand on sait vous aviez tant de possibilités pour faire comme les autres qui sont allés s’enrichir en puisant à la soupe populaire et en volant des deniers publics. Vous avez choisi la voie de la droiture ; il faut dire que c’est impressionnant, et cela témoigne d’une force de caractère. D’où puisez vous cette forces pour résistez à toutes ces voies de facilité ?

Doumbia Major : Je crois que c’est une question d’éducation. Il n’est pas donné à tout le monde de voir un plat succulent à sa porté pendant qu’il a faim et d’accepter de s’en privée uniquement parce qu’il se dit que ce plat n’est pas à lui.

Vous savez il y a beaucoup de personne qui en Côte d’Ivoire ne me comprenne pas, parce qu’elles se disent et savent que si elles étaient dans ma position elles n’auraient pas pu résister au gain facile. Comme ces personnes n’ont pas la force de caractère que j’ai, elle se dise que si Doumbia Major critique ceux qui volent les biens publics, soit c’est parce qu’il a été frustré, ou bien même c’est parce qu’on a refusé de le nommer ministre. Vous savez que je peux me targuer d’être parmi des rares personnes en Côte d’Ivoire qui n’ont jamais voulu tirer un quelconque profit personnel de mon engagement militant. Quand pendant la signature des accords de Marcoussis on proposait ceux qui voulaient être ministre, je suis une des rares personnes qui a refusé de se proposer sur une liste de ministrables. Même quand on me l’a proposé je l’ai décliné respectueusement parce que j’estime que mon combat que je mène ce n’est pas un combat pour être ministre. Tuo Fozié avec qui j’ai eu des débats sur la question à l’hôtel Port Royal jusqu’à l’aube est encore vivant et il peut témoigner que c’est des choses qui ne m’ont jamais intéressé. Moi je me bats pour le bien être des gens, pour la justice et pour la dignité du peuple et la satisfaction que je peux tirer des petites victoires dans ce combat me suffit.

Ivoireinfo.com : C’est vrai que beaucoup de personne ne vous comprendrait pas, car on a l’habitude de voir autre chose. Généralement les gens se battent pour des postes et pour s’enrichir et vous êtes tout le contraire de ces personnes là. N’est-ce pas surprenant ?

Doumbia Major : Vous savez le tout c’est de savoir si on arrive à dormir tranquillement chez soi, la nuit, quand on sait qu’on est dans le faux et qu’on ruse au détriment des intérêts des masses !

Quand on vole les deniers publics, la chose qui appartient à tout le monde et qu’on s’enrichit avec ça pendant que les vrais propriétaires sont dans la misère.

Quand on est personnellement riche en subtilisant l’argent public, quand on achète des maisons en Europe, quand on se soigne en Europe ou au Maroc , et qu’on scolarise ses enfants dans les meilleures universités du monde, alors que les propriétaires des richesses qu’on a volé sont dans la faim, et qu’ils meurent faute d’avoir des médicaments et que leurs enfants sont dans la rue.

Quand un homme politique fait cela et qu’il parvient à dormir tranquillement le soir chez lui, et s’il arrive à se regarder dans un miroir sans remords, moi j’estime que c’est un criminel inconscient.

Personnellement, je ne parviens pas à défendre le faux et voler des choses qui ne m’appartiennent pas, tout en dormant tranquillement chez moi le soir. Même quand j’ai un simple découvert ou un crédit avec ma banque j’ai du mal à dormir, alors si je viens à voler de l’argent public dite vous que j’aurai du mal à me regarder dans la glace surtout si je sais que les propriétaires de ces biens sont dans la misère et meurent de pauvreté et de maladie à cause de moi.

Ça c’est une question d’éducation et on n’y peut rien, moi j’ai été élevé dans des écoles Catholique où j’ai fais l’école primaire et tout le collège, j’ai fait l’école coranique et cette double éducation m’interdisait de voler ce qui appartient aux autres, c’es des choses qui vous reste gravé dans l’inconscient. Je considère que la première des prisons c’est la conscience, on peut échapper à la justice des hommes, mais on ne peut pas échapper à sa propre conscience, si on en a une. Je ne fais pas des choses qui sont en déphasage avec ma conscience

Ivoireinfo.com : Très peu d’hommes se posent ces questions : c’est vraiment une question d’éducation

Doumbia Major : Oui c’est vrai mais je crois que de plus en plus de personne devrait se poser ce genre de question, je crois qu’il le faut, et cela passe par l’éducation, à l’école et à la maison. On ne demande pas aux parents d’abrutir leurs enfants, mais chacun doit inculquer des valeurs éthiques à ses enfants pour une société juste.

Vous savez je me demande parfois, si mes parents n’ont pas mal fait de m’éduquer de cette façon si rigoureuse. Car je me retrouve trop juste dans une société où la majorité est malhonnête et injuste. Donc nous qui voulons être justes et honnêtes apparaissons comme minoritaire et même parfois comme des inadaptés. À vrai dire je me pose des questions quand je vois cette société pourrie, je me demande parfois si je ne suis pas dans le faux en voulant être juste dans un monde pourri, mais je n’y peux rien ces valeurs sont incrustées en moi.

Ivoireinfo.com : Vous ne trouvez-pas que ça vaut le coup d’être un défenseur des pauvres, et des sans voix même si cela a un coût très élevé ?

Doumbia Major : Bien sûr que ça vaut le coup, de toutes les façons moi je ne sais faire que ça et j’ai été éduqué pour ça, mais quand toute une société est majoritairement corrompue, ceux mêmes que vous défendez peuvent vous voir en ennemi, car eux même malgré le fait qu’ils soient victimes n’attendent que l’occasion pour voler. Ils ne font que s’en plaindre que parce qu’ils ne sont pas à la bonne place. C’est ce qu’on a vu avec le FPI, qui a produit des nouveaux voleurs qu’on appelle refondateurs, mais aussi avec certains membres des forces nouvelles qui reproduisent ceux qu’ils décriaient chez les autres.

Quand dans ce cas vous autre vous continuer à condamner ces pratiques vous apparaissez comme l’homme à abattre, comme le traitre. Et c’est vraiment dommage.

Dans ce cas ce qui vous reste à faire c’est d’opérer la rupture pour continuer votre combat. Mais si vous n’avez pas une forte personnalité vous pouvez céder à la facilité puisque vous avez le soutien d’un groupe dans lequel tout le monde vol.

Je ne suis pas un surhomme, mais j’ai encore des valeurs, mais peut être que si j’étais en Côte d’ivoire et que j’étais limité dans mes possibilités, je serais comme ceux qui ont fléchis. Peut être que c’est parce que je vis en Europe que je résiste plus que certains. De toutes les façons ce n’est pas à moi de les juger.

Ivoireinfo.com : Nous autres restons convaincus qu’il faut des hommes qui ont des valeurs à défendre pour bâtir une société respectable

Doumbia Major : Oui c’est vrai, je suis d’accord avec vous, mais peut-être que les valeurs que j’ai sont liés à des questions de circonstances. J’ai beaucoup de chance d’être dans une société qui a d’autres valeurs. Souvent on dit que les circonstances et les sociétés dans lesquelles on vit créent aussi des larrons. Peut être que si j’étais soumis à une certaines misère comme le sont nombreux de nos compatriotes, sans espoir ni possibilités, peut être que je penserais et agirais autrement. Donc je crois que c’est la société qu’il faut changer, car dans une société où les gens on le minimum pour vivre, il y a moins de corruption. Le mal ce sont ces hommes politiques qui pillent tout, tout en maintenant leurs concitoyens dans la misère pour les tenir par l’arme de la faim et la misère.

Ivoireinfo.com : C’est peut-être vrai ce que vous dites, mais le fait que vous soyez ici en Europe à vivre les difficultés de la vie d’un immigré africain, c’est déjà la preuve que vous êtes un homme intègre, n’est pas ?

Doumbia Major : C’est vrai que j’aurais pu rester au pays pour faire les éloges de certains politiciens. Ça m’aurait mis à l’ abri du besoin, et j’aurais eu abri, voiture et escorte comme certain qui suivent des hommes politiques sans partager leurs projets ni leur idéologie. J’ai fait le choix de me priver de ces choses et de refuser de prendre le chemin des raccourcis, car je ne suis pas un suiveur. Je préfère sauvegarder ma dignité que d’accepter d’être la marionnette d’un de mes semblables. J’estime que les humains sont égaux et je n’ai pas à faire la courbette devant quelqu’un pour vivre.

Mais vous savez, je pense que je comprends certains, de mes amis qui sont dans des postures de serviteurs, nombreux sont ceux qui n’ont pas achevé leurs études et qui en tant normal ne peuvent pas prétendre à un emploi en toute objectivité. Cela peut expliquer le fait qu’ils aient choisi des raccourcis. Je n’excuse pas les uns et les autres, mais il est possible que cela explique leur appétit vorace et les comportements de rapacité

Ivoireinfo.com : Mais vous auriez pu céder à l’appel de la facilité et accepter des propositions et faire comme eux ?

Doumbia Major : C’est vrai, mais cela dépend de la nature des gens, c’est vrai que ce n’est pas des propositions indécentes qui manquaient, mais il faut savoir que par nature je suis très désintéressé. Ceux qui me connaissent et qui me fréquentent vous le diront. Je suis quelqu’un qui a appris à se contenter de l’essentiel et je suis insensible aux objets de luxe qu’on s’offre pour paraître. Je ne suis pas du style tape à l’œil, et je rigole plutôt de ce genre de personne qui cherche à paraître chic avec des objets importés alors que le peuple duquel ils proviennent ne sait rien fabriquer.

Depuis que je suis en Europe je ne fréquente pas les boites de nuit, je ne fume pas et je ne bois pas d’alcool. J’ai une vie très sobre d’un homme qui n’est pas envieux.

Vous savez je pars du principe que deux repas par jours me suffisent, et je reste certain d’une chose, c’est qu’une chambre et un lit à coucher me suffisent pour dormir, je n’ai donc pas besoin d’un château pour vivre.

Quand on était jeune et même en cité universitaire on partageait nos chambres et nos lits avec des amis, cela ne nous a pas tués.

J’ai l’impression que certains oublient qu’ils sont des êtres mortels. Sachant que je suis un être mortel, qui attend son jour et une fin certaine, j’estime que je peux me contenter du minimum vital, sans que cela m’enlève quelque chose. Ce n’est pas parce que je vais m’offrir un château où des objets de luxe que je serai immortel ! L’essentiel pour moi c’est que je sois en bonne santé, que je dorme à l’abri des intempéries et que mon corps soit recouvert par des vêtements propres. Je me dis qu’à partir du moment que j’ai le minimum qui permet de satisfaire mes besoins physiologiques et que j’ai un abri, le reste et l’important, c’est de voir quel sera mon apport pour améliorer l’existence des générations à venir. L’important c’est ce qu’on laisse pour améliorer la condition de l’espèce humaine. Ce qui ferait ma fierté c’est de dire que je fais partie d’une nation développée, et non d’accumuler des biens de jouissance pour moi, alors que mon peuple fait partie des plus misérables du monde.

Ivoireinfo.com : C’est vraiment ça donner un sens à sa vie, ça nous fait penser à des hommes comme Thomas Sankara ou N’kruma .

Doumbia Major : Vous savez ces personnes sont des grands hommes que l’histoire retient comme ayant fait don de leur personne pour les autres, c’est un choix de vie, je veux marcher dans leur pas humblement. La question que je me pose nuit et jour est celle de savoir quelle sera ma contribution pour l’amélioration de la vie des autres et particulièrement celle de mes concitoyens qui vivent sur une terre natale où ils n’ont pas choisi de naître.

Ces concitoyens n’ont pas choisi de naître en Côte d’ivoire, et tout ce qu’on doit faire pour eux c’est de faire en sorte que cette terre de naissance puisse leur garantir une vie décente, avant leur mort, car nous sommes tous appelé à mourir un jour.

Tout ce que je voudrais un jour comme récompense, c’est que ma nation et mon peuple me décerne une simple médaille pour dire que cet homme à donner sa vie pour tout le monde et qu’il a fait avancer les conditions de vie de la majorité. Voilà ce que je voudrais avoir un jour comme récompense. Une simple médaille fruit de la reconnaissance des paires de ma génération, que je laisserais à la postérité le jour je de mon départ. Je n’ai ni besoin de m’enrichir, ni besoin de gloire, la reconnaissance des générations futures sera mon salaire et ma richesse. Voilà ce qui motive mon action et non l’acquisition de bien éphémère et passagers. Voilà le sens profond de mon engagement politique. C’est un combat du bien, contre le mal que certains font à la majorité.

C’est pourquoi je combats tous les voleurs de deniers publics, et que je me prononce partout où il ya une injustice contre mon peuple. Voilà pourquoi je combats tous les discours de haine tels que le tribalisme et le racisme. Je me bats pour la justice et pour l’égalité entre les humains. C’est aussi ce combat pour l’égalité et la justice qui m’amène à me battre pour une répartition équitable des ressources et richesses naturelles aux citoyens qui vivent dans notre pays

Ivoireinfo.com : Vous vous posez comme un véritable contre pouvoir quand on sait que les dirigeants sont les causes des maux que vous décriez ?

Doumbia Major : J’estime que le mal se trouve dans l’humain qui reste un prédateur pour ses semblables. C’est ce mal qu’il faut combattre quelqu’en soient les auteurs, qu’ils soient des gouvernants ou des simples citoyens. Ce mal a un nom : c’est l’égoïsme, la mégalomanie, la prévarication, les tendances à vouloir faire de nos semblable des esclaves, les tendances à la domination de l’autre, l’injustice etc.

Il y a certains humains qui n’ont pas compris que nul ne doit être la propriété d’un de ses semblables humain. Ils n’ont pas compris que les humains naissent égaux en droit et qu’ils doivent se respecter mutuellement et ne pas abuser les uns des autres. C’est contre ces rapaces que nous luttons pour l’avènement d’une société plus juste. J’espère que vous aurez compris le sens de notre combat, je reste ouvert à d’autres discussions mais pour l’instant le devoir m’appelle et je dois partir, on aura l’occasion d’approfondir ces questions ultérieurement.

Ivoireinfo.com : Votre combat est vraiment légitime et mérite d’être soutenu.

Doumbia Major : Merci pour ce soutien, je vous souhaite bonne journée, ainsi qu’à vos lecteurs en espérant que vous vous joindrez au front de refus pour continuer la lutte. On attend de chacun qu’il mette son énergie à la disposition de ce combat qui est le combat pour nous tous, c’est le combat pour une société nouvelle c’est le combat pour l’avènement d’un nouvel ordre.

Ivoireinfo.com : merci à vous pour cet entretien et bon voyage à vous monsieur Doumbia Major

Doumbia Major : Merci à vous aussi et à bientôt

Interview exclusive du président du CPR, Doumbia S. Major, accordée au quotidien ivoirien l’intelligent D’Abidjan.

Interview exclusive du président du CPR, Doumbia S. Major, accordée au quotidien ivoirien l’intelligent D’Abidjan.

Interview publiée le 17 Novembre 2009 dans le quotidien l’intelligent d’abidjan

Doumbia Major désormais président d’un parti politique est un ex- Fesciste qui a fait les beaux jours de ce syndicat estudiantin avec Guillaume Soro et Blé Goudé. Mais c’est avec Charles Blé Goudé que les talents d’orateur de l’homme vont exploser entre 1998 et 2000 avant la séparation entre les deux amis. Doumbia S . Major va ensuite se retrouver aux côtés du MPCI après le 19 Septembre 2002. Dans la guéguerre IB-SORO, il est accusé de soutenir un camp au détriment de l’autre. Il prend d’abord ses distances d’avec Soro Guillaume et ensuite Ibrahim Coulibaly pour créer un parti politique, le Congrès Panafricain pour le Renouveau (CPR). Après des années de silence, il a décidé de répondre aux questions de l’Intelligent d’Abidjan. De Laurent Gbagbo à Blé Goudé en passant par Guillaume Soro, IB, Konaté Sidiki, Alassane Ouattara mais surtout Henri Konan Bédié, il n’épargne personne avec des vérités souvent très crues.

 

Doumbia Major, pourquoi avez-vous quitté la Côte d’Ivoire à la fin des années 90 ?

Tout d’abords, permettez-moi de saluer fraternellement vos lecteurs, et mes chers compatriotes et de préciser que j’ai quitté la Côte d’Ivoire à la fin 2000, et non à la fin des années 90.

Je suis parti du pays pour préservez ma vie et mon intégrité physique, c’est quelque chose de connue par tous ceux qui suivent l’actualité sur la Côte d’ivoire.

À cette époque j’étais membre de la direction Nationale de la Fesci, et cette organisation a été traversée par une crise profonde.

Souvenez vous que cette période était celle de la transition militaire, et un certain nombre d’évènements ont fait que ma sécurité était en danger. Tout le monde sait en Côte d’ivoire que j’ai été plusieurs fois arrêté et incarcéré arbitrairement pour des questions sur lesquelles je ne veux pas revenir.

J’ai du donc quitter mon pays à mon cœur défendant, pour prendre le chemin de l’exil pour protéger ma vie contre ceux qui voulaient m’éliminer physiquement et par ailleurs continuer à suivre ma formation et progresser dans mes études, puisque le cadre ne me permettait plus d’étudier au pays.

Tout le monde sait qu’on m’a torturé dans ce pays, on m’a jeté en prison, pendant que d’autres se planquaient où qu’ils se mettaient à l’abri des armes moi j’agissais pour défendre mes idées et opinions.

Je suis certes parti, mais sur le plan politique je n’ai jamais abandonné mon pays et j’ai continué à m’y intéresser.

Pendant la transition militaire, avec tout ce qui s’est passé, j’ai eu des prises de position que tout le monde sait. J’ai été dans les commissions pour écrire la constitution quand je n’étais pas incarcéré.

Comprenez que je suis viscéralement attaché à l’histoire de mon pays, et même quand je suis à l’extérieur je continue à être un acteur et c’est d’ailleurs de cet engagement permanent que j’ai été choisi pour présider la structure politique qu’est le CPR, par des compatriotes qui partagent la même vision que moi.

C’est un honneur que me font ces compatriotes qui m’ont choisi comme le Président de ce Parti. Et aujourd’hui je crois que ce qui est primordial c’est de parler en tant que premier responsable de ce Parti et de donner notre vision sur l’avenir du pays.

Ce qui est important pour moi c’est de dire quel est le sens de mon nouveau combat et celui du parti que je dirige.

Quelle est donc votre vision pour la Côte d’Ivoire qui est sur le point d’atteindre 200 partis politiques sur l’échiquier national ?

Aujourd’hui nous nous battons contre des pratiques archaïques, telles que la torture qui doit disparaître du pays, car seule la justice peut décider du sort d’un citoyen.

En effet cela ne semble choquer personne, mais sachez qu’il est inacceptable et surréaliste que des forces de l’ordre battent ou torturent des citoyens dans un pays et que personne ne s’élève contre cela. Depuis le règne d’Houphouët, en passant par Ado, Bédié et maintenant sous Gbagbo cela se perpétue et nous voulons mettre un terme à cela.

Pour nous, il est inadmissible que les paysans du pays continuent à être pillés, puisqu’ils payent plus de 50% d’impôt alors que l’État ne fait rien pour eux. Ils n’ont pas droit à la retraite, ni à des soins gratuits, et ils continuent de payer pour la scolarisation de leurs enfants. Nous trouvons choquant que l’État ne veuille pas payer de retraite aux paysans et que rien ne sois fait pour leur garantir la gratuité des soins.

Pour nous on doit tout simplement supprimer les taxes sur les produits agricoles d’exportation qu’on appelle les droits de sortie que les importateurs et grossistes payent à l’État sur les produits des paysans.

De cette façon les paysans bénéficieront de 100% de leur effort de travail et ils seront libres de faire ce qu’ils veulent avec leur argent. De cette façon ils payeront leurs impôts en fonction du revenu de chacun.

Quand on prend la moitié de l’argent du paysan, alors il faut lui garantir, une allocation de retraite à 65 ans et lui donner une assurance santé et l’école gratuite pour ses enfants.

Nous pensons que ça ce n’est pas un cadeau qu’on fait aux paysans de ce pays c’est un droit.

Ce sont des choses comme celles-ci que nous voulons changer.

Pour nous, que tu sois paysan Bété, Dioula ou Guéré, tout le monde bénéficiera de ces mesures que nous prônons, parce que nous ne voulons pas venir prendre une ethnie en otage pour nous protéger, on veut donner aux citoyens ce qui est pour eux.

Notre combat c’est un combat pour l’unité nationale et la juste redistribution des richesses de la nation au peuple.

Trouvez-vous normal que des moulins, des ateliers de couture ou de coiffure etc., payent la redevance télé sur leur facture d’électricité alors qu’ils n’ont pas de télé ?

Moi je suis actionnaire en Côte d’Ivoire, je n’ai pas de télé au sein de mon entreprise mais l’État m’oblige à payer une redevance télé. L’état dans ces conditions ne protège plus les citoyens, l’état devient un état voleur et nous voulons mettre un terme à ces impôts injustes qui font que les entreprises et PME s’écroulent.

Vous trouvez normal que l’adressage du pays ne sois pas fait depuis 1960 ?

Nous voulons et allons régler ces problèmes. En Plus nous voulons rendre obligatoire l’allocation que l’état devra verser aux citoyens majeurs et handicapés qui ne travaillent pas indépendamment de leur volonté. Pour nous c’est ce qu’on appelle le respect du droit à la vie.

En effet quand les gens n’ont rien dans un pays, c’est la collectivité, c’est-à-dire l’État qui a l’obligation de leur donner le minimum pour qu’ils ne meurent pas ou pour qu’ils n’aillent pas mendier. Avec le CPR, il ne sera plus question de laisser les citoyens crever dans la misère et dans la faim, on va partager aux citoyens ce que le pays a comme richesse, car ces richesses sont pour eux et non pour les hommes politiques.

C’est pourquoi nous allons donner aux citoyens ce que nous appelons le RMV (revenu minimum vital).

Nous allons baisser le prix de l’eau et de l’électricité en fixant un prix forfaitaire pour la consommation de base familiale pour chaque compteur.

Au-delà de cette consommation de base le surplus de consommation sera facturé au prix de l’opérateur, mais nous ferons en sorte que toutes les familles du pays puissent avoir droit à la consommation de base, car les installations qui produisent l’eau et l’électricité dans notre pays ont été financées à la base avec l’argent publique.

Nous voulons rendre l’école effectivement gratuite et obligatoire, ça veut dire qu’on va supprimer les frais d’inscriptions, et qu’on va donner une allocation de rentrer à chaque famille pour l’achat de la tenue et des cahiers des enfants qui ont moins de 16 ans. C’est ça l’école gratuite.

Comme vous voyez le CPR a plein de projet pour la Côte d’ivoire et c’est de ça que nous voulons parler et non du passé.

Ce sont des projets d’avant-garde pour le pays et nous travaillons avec des ivoiriens qui sont partout dans le monde pour les affiner et les mettre en place.

C’est d’ailleurs ce qui fait que je voyage beaucoup pour des cadres compétents du pays qui sont expatriés, pour qu’on discute et qu’on affine nos projets pour le pays.

C’est le vrai changement que nous voulons mettre en place, et c’est ce que nous appelons le changement positif qui est notre marque de fabrique.

Notre combat est un combat pour la redistribution équitable des ressources du pays.

Que faisiez-vous en Europe pendant toutes ces années ?

Je ne suis pas resté inactif pendant toutes ces années ; ce n’est pas à vous que j’apprendrai cela. Je me suis toujours intéressé à ce qui se passe dans mon pays, et j’ai toujours milité pour obtenir les changements que je souhaitais pour mon pays. Je reste un combattant pour l’unité nationale et un combattant pour le progrès social. Et ça je n’y ai pas renoncé.

Ma venue en Europe m’a permis de voir les choses différemment. Parce que vous savez quand on reste enfermez dans le pays, il y a des choses qu’on ne voit jamais et il y a des choses qu’on ne comprendra jamais. C’est pourquoi il est important de sortir, ça fait partir de l’éducation et de la culture d’un homme.

Cette présence en Europe, m’a permis d’être en contact avec d’autres partis politiques, avec d’autres dirigeants politiques. Tout ceci fait qu’aujourd’hui je suis un homme qui regarde les choses différemment, pas sous l’angle émotionnel, encore moins sous celui de l’assujettissement à un homme.

Durant tout ce temps je me suis formé, je me suis organisé et j’ai noué assez de contacts utiles pour notre combat contre les injustices et les négations des droits des citoyens.

Je me suis doté de munitions intellectuelles en me cultivant et en voyageant beaucoup en Europe, aux USA puis au Canada. Cela m’a permis de voir comment les autres font pour se développer. J’ai même eu le temps d’apporter mon soutien à quelques évènements en Afrique parmi lesquelles on peut mentionner l’insurrection de la Côte d’ivoire du 19 septembre 2002, qui s’est mué en une rébellion.

Concernant cette dernière action, lorsque je me suis rendu compte de profondes divergences entres mes points de vue et ceux des dirigeants de la rébellion j’ai opéré le désaparentement, avec la direction politique de cette rébellion. Je n’ai pas arrêté pour autant mon combat, puisque je me suis organisé pour le continuer sur le plan politique à travers mon engagement au sein du CPR, le Congrès Panafricain pour le renouveau démocratique en Côte d’ivoire.

Notre combat est avant tout un combat pour la justice et la redistribution équitable des ressources du pays à tous les fils de la nation. Je reste convaincu que ce combat ne peut pas se faire sans unité nationale. C’est pourquoi je combats tout discours divisionniste et les idéologies tribalistes, haineuses et fractionniste.

Où étiez-vous lors de l’attaque rebelle du 19 septembre 2002

Que cela soit clair, je n’ai pas pris part aux attaques du 19 septembre. Pas parce que je veux me dédouaner de quelque chose, mais tout simplement parce que j’étais à Paris, le 19 septembre 2002, c’était la rentrée universitaire et j’étais inscrit à l’université Paris 12 en train de suivre mes séminaires.

Je crois que c’est le ministre de la défense (M.Lida Kouassi NDLR) d’alors qui avait dit que j’étais dans le nord, mais en réalité cela est inexact.

Doumbia Major ( Pdt du CPR) ex- compagnon de Soro, Blé Goudé, IB , relance le débat :‘’Le peuple affamé est manipulé avec le discours identitaire’’ […]

Pourquoi avez-vous rejoint la rébellion de Guillaume Soro?

Il faut qu’on rectifie votre question pour ne pas faire de confusion de genres ni d’amalgames : je n’ai pas rejoint de rébellion de Guillaume Soro ; ce mouvement social du 19 septembre n’est pas la propriété de guillaume Soro. Guillaume n’a pas de rébellion qui lui appartiennent. Guillaume a rejoint lui aussi la rébellion tout comme moi, tout comme beaucoup de gens connus ou inconnus. Sachez que des millions de personnes ont pris fait et cause pour ce mouvement populaire. Même au-delà des frontières nationales ce mouvement a été soutenu.

Guillaume Soro, tout comme moi, tout comme des paysans, des militaires, des hommes et de femmes, des intellectuels, tout comme des chômeurs ont rejoint ce mouvement populaire.

Regardez mon parcours, et vous verrez que je ne rejoints pas des individus mais des causes. Je me bats contre des pratiques.

Quand Houphouët était au pouvoir avec la Fesci nous nous sommes soulevés contre lui pour dénoncer les dérives autocratiques de son régime

Quand le PDCI était au pouvoir sous le parti unique et qu’on a estimé qu’il fallait la démocratie à ce pays, j’ai rejoints le mouvement et le soulèvement contre la dictature du Parti unique et l’injustice.

Quand Bédié est venu au pouvoir après la mort d’Houphouët, et que sont régime a sombré dans la kleptocratie, la violence et le tribalisme haineux, nous avons lutté contre les dérives de ce régime et on a tous salué le coup d’état qui a chassé Bédié.

Il faut remarquer au passage que sous le régime de Bédié, j’ai tellement séjourné à l’école de police que finalement je connaissais mieux les recoins de l’école de police que ceux de l’université et pourtant je n’avais pas volé ni commis de crime.

Quand la transition militaire s’est pointée, face à ses dérives, je me suis soulevé contre les militaires qui exerçaient le pouvoir ; ils m’ont fait arrêter plusieurs fois et fait incarcérer, mais cela n’a pas infléchi mon engagement. Vous avez été témoin de la fois où le Général Guéï tout puissant qu’il se voyait m’a convoqué publiquement ; je lui ai dit que je n’irai pas à sa convocation, et je ne suis pas parti. Cela a fait le scandale que ça fait, mais je ne suis pas parti, car je me considère avant tout comme un homme libre

J’ai fait la prison pour mes idées, mais vous n’avez jamais entendu que je me suis renié.

Après octobre 2000, quand j’ai vu la dérive nationaliste et autoritaire du régime et que les ivoiriens se sont soulevés, je les ai soutenu et même si demain d’autres ivoiriens s’organisent pour défendre une cause juste, je serai là, à leur côté, pour les aider.

Même si avec le temps j’ai compris qu’il faut se structurer pour défendre mieux ses idées et ses convictions. Vous savez, je vous dirai qui sont ceux qui racontent parfois qu’il ne faut pas prendre des armes : ce sont des personnes qui n’ont jamais été pris injustement et qui n’ont jamais été torturées par des personnes armées.

Quand chaque jour des personnes armées viennent vous chercher pour vous torturer comme je l’ai été, un jour vous finissez par comprendre que votre liberté dépend de votre capacité à manier une arme.

Vous voyez, mon histoire est une continuité, une constance, ce n’est pas de l’opportunisme.

Quand on s’engage dans son pays pour soutenir une insurrection populaire armée, c’est parce qu’on est convaincu que la situation est suffisamment grave pour qu’on accepte de sacrifier son image et son honorabilité pour créer les conditions de la justice et de la paix sociale.

Vous savez, deux questions profondes divisent notre société et notre pays : la première c’est celle de l’identité nationale, qui se résume en la question de savoir c’est quoi un ivoirien aujourd’hui, c’est-à-dire qui est ivoirien aujourd’hui et qui ne l’est pas.

La seconde question concerne la redistribution des richesses du pays aux citoyens et elle se pose dans les termes clairs de savoir au nom de quoi certains doivent jouir de la richesse nationale alors que d’autres doivent en être exclus.

Des individus qui pillent les ressources et richesses nationales utilisent le premier problème qui est celui de l’identité nationale pour camoufler le deuxième problème qui est celui du pillage des ressources publiques auquel ils se livrent comme sport favoris.

Ce sont ces deux questions qui ne sont pas réglées qui ont envoyé la guerre. Parce que non seulement certains veulent exclure d’autres nationaux de l’héritage collectif en leur déniant leur citoyenneté sur la base de l’arbitraire. Mais d’autres part il y a une minorité qui s’est accaparées les richesses collectives et en profite au détriment du peuple qui croule sous la misère, sans emploi et même sans possibilité de se soigner quand il est malade.

C’est ce peuple affamé qui est manipulé avec le discours identitaire pour le pousser à s’entredéchirer pendant que ceux qui pillent se servent d’eux comme bouclier.

L’insurrection que nous avions lancée visait donc à résoudre ces deux problèmes simultanément, à savoir la question de l’identité nationale et de la citoyenneté d’une part et d’autre part la question de la justice et de la redistribution équitable des ressources aux citoyens du pays, afin que personne ne soit lésé du partage des ressources publiques.

Comme on le dit dans la langue française populaire d’Adjamé, le pays là c’est pour nous tous et les biens et le tama (richesses) du pays on doit les partager « monnaie monnaie » pour que chacun mange dedans.

Ça c’est une cause noble et belle, et cette cause là, à moins d’être diabolique, on ne peut que la soutenir. Ce n’est pas parce qu’on soutient une telle cause qu’on est un diable, même si vos adversaires tentent de vous présenter sous cet angle, il faut juste considérer qu’ils sont dans leur registre quand ils le font, mais n’empêche qu’il y a de quoi être fière, quand on s’engage dans un combat pour la restauration de la dignité des exclus, pour la reconnaissance de l’identité des personnes que d’autres veulent transformer en apatride et surtout pour la redistribution équitable des ressources dans notre pays.

Personnellement je suis fière d’avoir soutenu ce combat et si c’était à refaire je le referais et je le ferais mieux.

Maintenant, vous savez que dans tout combat il y a des opportunistes et des personnes qui ont une courte vue, ceux qui ne pensent qu’à leur petite personne. C’est le genre de personnes qui se trahissent elles-mêmes et elles trahissent l’espoir de leur génération. Il y en a eu de ce genre de personne dans cette insurrection, mais l’heure n’est pas au bilan, en temps opportun nous le feront.

C’est donc parce que le dialogue n’a pas suffit pour résoudre les injustices qui persistent que la guerre s’est posée comme solution, ce n’est peut-être pas la meilleure des solutions, mais l’expérience a montré que c’est elle seule qu’il fallait pour amener certaines personnes à redescendre sur terre, pour savoir qu’on ne peut pas exclure des gens et les narguer avec des lois ultranationalistes du genre « il faut aller faire les cartes d’identité dans les villages », ou refuser de délivrer des passeports, qui ne sont que des simples documents de voyage, à des personnes à cause de leur patronyme.

Si on veut avancer dans ce pays, il faut qu’on se dise la vérité et rompre avec le mensonge et les hypocrisies ; tant qu’il y aura des gens qui penseront qu’ils peuvent exclure impunément d’autres nationaux de l’héritage collectif, il y aura la guerre et il y aura d’autres guerres, car nul dans ce pays n’acceptera qu’on fasse de lui un sans papier ou un apatride.

Et en tous cas me concernant, chaque fois qu’il y aura un combat juste je serai là pour soutenir ceux qui se battent contre l’injustice, c’est ma nature et je ne peux rien contre ça.

Jean Paul Sartre en son temps a soutenu la rébellion algérienne incarnée par le combat du FLN pour l’indépendance, Frantz Fanon aussi, tout psychiatre martiniquais qu’il était, il est venu soutenir les algériens et cela, non pas que par ses écrits, puisqu’il est descendu sur le terrain.

Enersto Che Guevarra de la Serna, en son temps, a abandonné ses études de médecine pour aller soutenir la rébellion cubaine dirigée par Fidel Castro dans la Sierra Maestra.

Quand vous estimez un combat juste, il faut s’engager pour le soutenir. Le combat des populations qui se sont insurgées en Côte d’ivoire était et reste un combat juste, mais vous savez quand le Che a abandonné son poste de ministre au cuba et qu’il s’est retrouvé au Congo pour soutenir la bande à Kabila qui luttait contre les forces impérialistes, il s’est vite rendu compte que les chefs de guerre étaient préoccupés par des questions de leadership, ils passaient leur temps à courir après les femmes et à chercher à s’enrichir ; vous savez ce que le Che a fait : il tout simplement fait demi-tour en opérant ce qu’on appelle dans le langage du combattant la rupture tactique. Il s’en est allé soutenir des combattants plus conscients en Bolivie où il allait trouver la mort dans le maquis, les armes à la main.

C’est cela vivre en révolutionnaire et mourir en révolutionnaire les armes à la main ; mais une révolution ça ne se fait pas avec des assoiffés de pouvoir et des assoiffés d’enrichissement personnel, des carriéristes et opportunistes, ça se fait avec des hommes de conviction.

Le combat pour le peuple est un don de soi et on ne l’embrasse pas si on n’aime pas assez le peuple pour accepter la pauvreté et la mort, dans l’intérêt supérieur du peuple.

J’ai soutenu certes l’insurrection du 19 septembre 2002, mais comme Sartre en Algérie, je n’ai jamais soutenu les exactions de la rébellion, la preuve en est que j’ai été le seul à condamner par mes déclarations écrites, les atrocités de la rébellion, même si cela ne plaisait pas aux chefs rebelles. Quand on est civilisé, il ne faut pas l’être à moitié ; même la guerre à des règles et il faut les respecter.

Par ailleurs, comme je l’ai dit plus haut cette rébellion n’était pas la rébellion de Monsieur Soro, c’était la rébellion de citoyens ivoiriens qui, estimant qu’ils étaient discriminés et exclus de leurs droits par des tenants du pouvoir d’État, se sont insurgés en prenant des armes qui leur ont été tendus.

Qui est-ce qui a tendu les armes, là n’est pas la question, mais qu’est ce qui fait qu’ils ont accepté de prendre les armes, voilà la question qui mérite d’être posée. Si on trouve une réponse à cela et qu’on décide de faire en sorte que les gens n’aient plus de raison de prendre les armes, je crois qu’on aura tiré les leçons de cette crise.

Pour ma part, quand j’ai été contacté par Soro puis après par sa hiérarchie, en la personne d’Ibrahim Coulibaly que j’avais connu lors d’une de mes incarcérations au camp militaire d’Akuedo, et qu’ils m’ont demandé mon soutien, je leur ai demandé les raisons de leur implication dans ce combat.

Ils m’ont répondu chacun à tour de rôle qu’ils se battaient contre le discours d’exclusion incarné par l’Ivoirité que le Président Laurent Gbagbo, élu dans des conditions controversées, avait repris avec le vocable du discours patriotique. Ils m’ont aussi dit qu’ils se battaient pour un nouvel ordre politique et économique (ça vous pouvez le retrouver dans les premières déclarations de la rébellion).

Ces deux raisons suffisaient pour que je m’inscrive dans une collaboration momentanée avec eux, car leur combat contre l’ivoirité, transformé en patriotisme, rejoignait mon combat pour l’unité nationale. Le nouvel ordre politique qu’ils prônaient et pour lequel ils proclamaient se battre, rejoignait mon combat pour la justice sociale et la redistribution équitable des ressources. Je n’avais pas de raisons de douter de leur parole qui pour moi valait un engagement moral. J’ai scellé verbalement avec une collaboration, une alliance momentanée pour mener un combat précis.

Nous sommes tous des adultes et pères de famille, à notre âge personne ne suit sont camarade, on collabore sur une base précise et c’est ce qu’on a fait, malheureusement on pas écrit cela sur papier ; pour moi la parole des uns et des autres suffisait pour ne pas qu’ils trahissent leurs propres engagements.

Vous voyez, je n’ai suivi personne, je me suis associé à des personnes qui prétendaient défendre les mêmes idées que moi. Et puis c’est tout. Donc si à mi-parcours quelqu’un voit que ses amis ne font pas ce qu’ils ont dit, il peut se retirer librement.

Quand on observe la chose pour voir si les acteurs ont respecté leur parole et fait ce pourquoi ils se sont insurgés, il est clair que sur le premier point, c’est-à-dire la question de l’identité, même si on peut lui faire des reproches, le discours de Soro est resté constant. Si on fait un petit bilan de la deuxième raison d’insurrection on peut dire qu’il n’a pas été à la hauteur de ce qu’il avait promis.

Au regard de sa pratique et de son bilan de gestion, il y a eu des écarts énormes entre sa parole et ses actes. C’est ce qui explique que j’ai mis un terme à notre collaboration, car je ne me reconnaissais plus dans le combat tel qu’il était orienté par eux.

Je ne considère pas cela non plus comme une trahison de leur part, je crois que c’est juste une question de stratégies qui ne concordaient plus.

Je crois que Soro qui est quelqu’un d’enthousiaste et qui me respecte et que je respecte également ne s’est pas offusqué de cette rupture et il l’a compris. Vous savez, il peut avoir lui aussi estimé que notre collaboration ne pouvait plus continuer puisque nous ne voyions plus les choses de la même façon. C’est là des divergences tactiques mais ça ne fait pas de nous des ennemis.

Cela dit, je ne regrette pas le bout de chemin que nous avons fait ensemble, mais je trouve qu’on avait une occasion historique de changer le destin de millions de nos compatriotes mais qu’on pas su saisir ces moments historiques pour rentrer dans l’histoire des hommes qui sacrifient leur vie pour les autres. On avait réussi tactiquement à créer une situation de blocage et je croyais qu’on devrait profiter de cette situation de blocage créer par la situation de guerre, pour exiger une remise en cause de l’ordre économique et revoir les conditions de partage des ressources dans notre pays.

Peut être que Guillaume ne voyais pas les choses de cette façon, et de mon côté, je ne pouvais pas cautionner par ma présence une politique que je ne partage pas.

Vous savez la vie il ya deux catégories de personnes : il y a certains qui choisissent de se sacrifier pour les autres, quand d’autres choisissent de faire le choix de sacrifier la vie des autres pour leurs intérêts personnels. Moi je n’accompagne pas dans leurs actions, ceux qui sont dans la deuxième catégorie de personnes. Toujours est-il qu’il peut se faire que ce soit moi qui sois dans l’erreur.

En quoi à consisté votre rôle au sein du MPCI puisque vous ne vous y connaissez pas aux métiers des armes ?

Ce mouvement n’était pas une armée, c’était un mouvement populaire, insurrectionnel certes, mais qui avait besoin de toutes les compétences.  Il y avait des hommes et des femmes, des paysans comme des intellectuels. Ceux qui savaient manipuler les armes y sont venus avec leurs armes, les femmes qui savaient faire la cuisine ont servi de cuisinière et celle qui savaient combattre étaient au front. C’était un tout ce mouvement.

En ce qui me concerne j’ai fait passer le message des forces nouvelles en Europe et ailleurs, pour que le monde entier comprenne quel est la situation de mon pays.

Il était important de faire comprendre à la communauté internationale la réalité de la situation de la Côte d’ivoire et c’est ce que j’ai fait avec toute une équipe pluridisciplinaire avec des compétences variées. C’est grâce à ce combat d’explication que nous avons mené qu’il ya eu les accords de Marcoussis et qu’on n’a pas laissé les ivoiriens s’entretuer, parce qu’on a réussi à faire de cette affaire militaire une affaire politique. On a tellement bien fait le travail, que Soro en son temps disait que « même le pape a compris la justesse de notre combat ».

C’est vrai que je ne suis pas un militaire, mais mon arme c’est ma parole et cette parole vaut des centaines de fusils.

Cela dit mon rôle était stratégique et je ne voudrais pas venir sur le détail de ces choses, il y a ce qu’on appelle des secrets d’État. Et ce n’est pas au détour d’une interview qu’on balance ces choses.

Quand on mène un certain nombre de chose à l’échelle de l’État, il faut se garder de les étaler publiquement. C’est ça aussi apprendre à être un homme d’État et je ne vous en dirai pas plus sur mes missions et actions.

Retenez seulement que je travaillais sur le plan de la stratégie d’action, je veillais sur le contenu des discours, et je veillais à ce que ces discours que nous tenions soit en accord avec nos actes. Donc j’agissais sur le plan tant sur le plan organisationnel, discursif et logistique.

La preuve de l’importance de mon équipe en est que depuis que je suis parti, vous n’entendez plus parler de la rébellion ivoirienne avec des représentants et des structures implantées partout dans le monde.

C’est une équipe qui a fait ce travail et j’avais une place de choix dans cette équipe.

Et lorsqu’Ibrahim a été arrêté en France vous avez vu ce que cette équipe a déployé comme moyen de communication et d’action pour obtenir sa libération.

On le dit souvent, mon équipe et moi-même sommes des personnes qu’il est bon de ne pas avoir contre soi. Car nous sommes des spécialistes de l’ordre et du désordre. Il vaut mieux ne pas nous avoir pour adversaire. Car nous savons faire beaucoup de bonnes choses ; certains même disent que nous ne savons pas faire que des bonnes choses. Vous savez personnellement j’ai une formation en psychologie et communication politique. J’ai été aussi reconnu maître avec deux grades de Master comme responsable projet, et comme communiquant politique. Je suis un spécialiste du management des organisations et par ailleurs aussi un spécialiste en analyse automatisée des discours politiques. Avec ce modeste bagage de spécialiste en stratégie politique, on ne chaume pas dans une organisation politique.

Et en plus, tout le monde sait que je suis un bosseur infatigable et que j’ai pour habitude de faire très bien les tâches qui me sont confiées.

Entre IB et Soro qui est le vrai et premier leader de la rébellion ?

Le leader c’est celui qui dirige. Mais je ne sais pas pourquoi vous ramener le problème à IB/Soro. Il ne faut pas oublier les grandes figures de cette rébellion que sont Tuo Fozié, Messemba, Angama, chef Konaté, Cherif Ousmane, Abou Fama, zaga zaga, Sinclair, le Che, Adams, Jordan, Kolo et les autres qui sont décédés.

Tous ont décidé des le début que Soro soit la face visible du mouvement, le reste est une question de leadership comme cela existe dans tous les mouvements du monde. Dans toutes les organisations il y a des problèmes de leadership, tout près de nous au sein du FPI, Bohoun et Tagro se font la guerre tous les jours alors qu’ils sont du même parti, Lida et Boga n’ont même pas fini de se régler les comptes malgré que l’un soit mort.

Le tout c’est de savoir qui dirige actuellement la rébellion et l’utilité de cette rébellion pour le pays. Personnellement, je ne crois pas que les rangs dans une action humaine soient définitifs et rien ne dit que la hiérarchie qu’ils avaient au Burkina devrait être maintenu une fois qu’ils seraient rentrés au pays. Le leader c’est celui que les militaires ont choisi de mettre au devant et sans contexte c’est Guillaume Soro et c’est ce que les militaires qui était sur le terrain on voulu. C’est une équipe et guillaume en est le capitaine. On peut faire des débats sur l’origine, mais sur la question de leadership, je pense que c’est clair. Mais aussi, il faut se demander pourquoi de tous les rebelles qui vont en France pourquoi est-ce IB qui est arrêté, c’est parce qu’on connaît sa place et ce qu’il représente dans ce mouvement. Donc je crois que ce débat est un faux débat.

Comment expliquez-vous la scission terrible entre les leaders de la rébellion

Je crois que ce n’est pas le premier mouvement qui connaît des problèmes de leadership. Ça fait parti de la nature de certaine personne de vouloir être chef dans un groupe.

Quand il y a plusieurs personne de ce genre, c’est ça qui entraine le problème de leadership.

Malgré tout je pense que SORO et IB sont des frères et je crois qu’ils ont tout intérêts à se réconcilier, car à quoi sert-il de proclamer qu’on est engager dans un processus de réconciliation nationale quand on ne parvient pas à se réconcilier avec ses propres amis ou avec ses propres frères. Même quand les animaux se battent après ils font la paix, ce n’est pas nous les humains qui pourront pas faire de même.

Vous savez, la paix ce n’est pas sur les lèvres qu’on la construit, c’est dans les cœurs. J’invite donc SORO et IB à faire la paix, car leur mésentente sanglante ne sert pas la cause qu’ils prétendent défendre.

Cet appel à la paix peut surprendre plus d’un, mais sachez que mon état d’esprit d’aujourd’hui est celui d’un homme de paix, dans l’intérêt supérieur de la nation.

Pourquoi avez-vous pris fait et cause pour un camp ?

J’ai apporté un soutien à quelqu’un en difficulté, et je ne l’ai pas fait contre quelqu’un. Je lai fait par humanisme et par bonté de cœur. Je comprends que cela ait pu déranger une des parties dans le conflit de leadership qui les opposait, mais je crois qu’aujourd’hui ils doivent faire la paix, dans l’intérêt du pays et dans leur propre intérêt.

J’imagine le malaise profond qui ronge l’existence des gens qui vivent avec des rancunes et des rancœurs, ils se font plus de mal que de bien dans cette existence humaine passagère.

Ils doivent se réconcilier pour vivre en paix avec eux-mêmes.

Avez- vous été victime d’une tentative d’assassinat au sein du MPCI ?

Je ne suis plus à ce niveau, je suis vivant c’est l’essentiel et ma foi en Dieu reste inébranlable.

Je crois que c’est Dieu qui donne la vie et lui seul peut nous enlever le souffle de vie.

et que savez-vous de la mort de nombreux Fescistes comme Koné Morel à Bouaké et des batailles qui ont entrainé la mort de Kass, ADAMS, Kolo et autres ?

On ne construit pas la paix en comptant ses morts, avec des idées de vengeance. La vengeance ne ressuscitera pas ceux que nous avons perdus, mais par contre elle peut faire de nous des personnes aussi viles que ceux que nous condamnons. Il y a eux beaucoup d’erreurs pardonnons et allons de l’avant dans l’intérêt supérieur de la nation.

Comment avez-vous quitté la zone CNO ?

Chaque fois que j’ai voulu discuter avec Soro ou un chef de guerre, je l’ai fait avec un ordre de mission clair, que ce soit à Ouaga ou ailleurs et je n’ai pas été inquiété pour ça.

Avec du recul croyez-vous que Guillaume Soro a trahi ses anciens partenaires dont IB ?

La trahison relève de l’affectif. Il faut sortir du discours victimaire.

Des gens peuvent faire un chemin ensemble et décider de se séparer. Chacun se révèle à l’autre et moi personnellement je ne me suis pas senti trahi j’appelle cela des crises de révélations

Plus de deux ans après quel jugement sur son parcours en tant que Premier ministre et de son porte parole Konaté Sidiki au ministère du Tourisme ?

Vous savez je ne comprends pas bien cette cohabitation qui dirige le pays. Le premier ministre dirige une insurrection militaire qui prétend se battre contre le président.

Ceux là qui ont pris les armes pour dénoncer certaines pratiques sont aujourd’hui en train de reproduire les mêmes choses. J’avoue que je suis confus et je ne comprends rien à tout ça, certainement peut être parce que je ne suis pas au pays, c’est peut-être cela qui explique que je ne vois pas la logique de ces choses.

Je ne comprends pas que des personnes armés à qui on a confié la gestion de l’état se retrouvent à reproduire les pratiques de ceux qu’ils combattaient.

Le président raconte souvent que ces personnes gèrent bien et parfois il raconte que s’il n’a rien fait pour le pays c’est parce qu’il a été attaqué. Vous voyez ce pays est bizarre.

Il y a des choses qui sortent de l’entendement des individus comme nous.

Dans ce pays les justiciers deviennent des bandits et les bandits deviennent des justiciers selon les circonstances, et c’est ça aussi la réalité ivoirienne. Dans ce pays il n’y a rien de prévisible, même les rendez se prennent à titre indicatif mais rien n’oblige les gens à les respecter.

Maintenant en ce qui concerne le parcours de Soro, je crois qu’il se comporte comme les autres politiciens ivoiriens. Il nous avait dit qu’en tant que belligérant il ferait le désarmement et terminerait le travail confié à Banny en 10 mois, mais on constate qu’il fait chaque fois des rallonges et demande aux ivoiriens de se séparer du fétichisme des dates. J’avoue que c’est la première fois de ma vie que je vois un chef de projet qui demande à travailler sans délai d’exécution ni évaluation.

Le désarmement n’a toujours pas commencé, l’identification alors là c’est pire, puisqu’avant au moins les gens n’étaient pas identifiés donc chacun se disait que ça va se régler. La situation actuelle est celle où non seulement on a utilisé 200 milliards, c’est-à-dire 10 % de notre budget national pour faire une identification bidon de 6millions de personnes sur plus de 20 millions d’habitants, mais le pire c’est que sur ces 6 millions il y a près de 2 millions qui sont fictifs.

J’ai appris qu’on on veut nous afficher deux listes électorales. Donc aujourd’hui une personne sur deux n’est pas sûre de voter.

Dans ce pays les gens disent qu’ils se battent contre les discriminations et pour l’égalité, mais ces mêmes personnes acceptent que pour les élections présidentielles ont assujettissent les autres candidats à des conditions différentes des leurs.

Quand je réfléchis à ça, je me demande à quel type de politiciens on a affaire : comment des politiciens peuvent accepter un précédent d’inégalité si grave et si flagrante dans notre pays. Peut être c’est moi qui ne suis pas intelligent, sinon je crois qu’un homme sensé n’accepte pas ce genre de chose, on peut décider que tout le monde se plie au contenu des arrangements de Prétoria, mais on ne décide pas que certains le soient et d’autre pas.

Ça c’est malsain, ce n’est pas bon, on ne fait pas ces erreurs en politique, car c’est dangereux pour l’avenir de la nation.

Un matin les gens reconnaissent la constitution le lendemain, ils disent qu’on est en dehors de la constitution. Vous voyez il n’y a plus de normes pour prévoir les comportements politique dans ce pays.

Bon peut être qu’on a trop duré en Europe, c’est pourquoi on ne comprend pas ces choses. Mais vous savez la parole donné vaut engagement sur l’honneur ici, et là où je vis quand on dit qu’on fera quelque chose à une date et qu’à cette date on ne le fait pas, cela s’appelle un échec, généralement cela engage notre honneur et les gens qui sont ici démissionnent quand c’est comme ça.

Mais bon en Côte d’ivoire peut être que ça ne marche pas comme ça.

Bref vous savez on ne peut pas demander à Soro de se comporter différemment des pratiques courantes du pays!

Donc moi qui suis à l’étranger je suis mal placé pour juger, puisque je juge avec des critères de la rationalité de l’occident, en Afrique certainement qu’il faut prendre en compte des critères irrationnels et métaphysiques. Ça je ne sais pas le faire.

Et puis depuis qu’ils ont signé leur accord de Ouaga, je me suis dit qu’il faut donner une chance à cette cohabitation, mais je crois que le temps est en train de jouer contre le premier ministre.

Donc les ivoiriens jugeront eux-mêmes, sur la base des promesses faites, et je crois qu’au soir du 29 novembre 2009 SORO jouera sa crédibilité au plan national et international. (Ndlr : l’entretien a été réalisé avant l’annonce officielle au report de la présidentielle).

Pour ma part j’ai déjà dit qu’il aurait pu profiter de la situation pour poser la question du nouvel ordre politique et économique, sans même chercher à être premier ministre.

Après c’est des questions d’analyse et rien ne dit que ce soit ma position qui soit juste. Le temps dira qui a raison et si c’est moi ce sera regrettable, puisqu’on aurait pu profiter de cette crise pour changer profondément le pays, en le dirigeant sur la voie du progrès en posant les bases de la modernité. Concernant SIDIKI Konaté c’est un ami et je lui dis toujours de ne pas hésiter à me solliciter s’il a besoin d’idées novatrices pour donner du souffle à son ministère.

Quand j’étais malade j’ai reçu un message chaleureux de lui, c’est quelqu’un de sympathique. Mon parti a tout un projet pour le tourisme et nous avons pris suffisamment de contact qu’on peut mettre à la disposition du ministère du tourisme. Si Monsieur Konaté nous sollicite on le fera volontiers dans l’intérêt du pays.

Vous qui avez flirté avec la rébellion, confirmez-vous que Alassane Ouattara est le parrain de celle-ci ?

Je ne peux ni confirmer ni infirmer cette assertion car, je ne pourrai pas l’appuyer avec un début de preuve. Alassane lui-même s’est dédouané de cette rébellion en la reniant au soir du 19 septembre et après, donc ce n’est pas à moi de l’accuser sans preuve. Pourquoi voulez-vous que je vous dise qu’Alassane, c’est Simon Pierre qui renie Jésus devant les pharisiens pour sauver sa peau ? Je n’ai aucune preuve pour l’accuser.

Pour terminer sur ce pan, à votre avis qui a fait quoi dans le MPCI et entre civils et militaires qui a fait qui ?

Je n’étais pas au Burkina Faso avec eux, demandez au facilitateur, il est bien placé pour répondre, puisque c’est lui qui était le tuteur d’eux tous quand ils étaient chez lui au Burkina Faso. Moi je dirige un Parti politique et mon parti n’a pas vocation à parler de personnes qui n’en sont pas membres. Le MPCI a un porte-parole qui est mieux placé pour parler de leur cuisine interne

L’Accord de Ouaga peut-il conduire à la paix et que pensez-vous aujourd’hui de Laurent Gbagbo ? A-t-il des chances de remporter les présidentielles ?

Oui à condition qu’il ne soit pas un accord de partage de gâteau, en contrepartie de la cessation des hostilités.

Cet accord est un bon début puisqu’il ramène le calme et l’absence de guerre ce qui n’est pas à confondre avec la paix. Si déjà ceux qui ont signé cet accord applique ce qu’ils ont promis ce sera une bonne chose, mais comme vous le savez, dans ce pays, les gens ne respectent pas leur parole et leurs écrits. Ils prennent des engagements qu’ils ne respectent jamais, et sont assuré que rien ne se passera tant qu’ils ont des armes ou l’appareil répressif de l’état entres les mains. Mais j’espère que ce ne sera pas le cas avec cet accord, même si beaucoup de choses dite dans cet accord n’ont pas été respecté dans le temps, il y a un effort à faire pour ramener la paix définitive. Et je pense que cette paix viendra quand il y aura la justice, l’égalité de chance, le partage équitable des ressources, la reconnaissance effective de la citoyenneté de tous les natifs du pays, et le partage juste des richesses du pays entre tous les citoyens de la nation, en fonction du mérite et de la situation sociale.

Concernant le Président Gbagbo et les élections, il faut dire qu’il a la chance de remporter les présidentielles, comme tous les autres candidats. Ça dépendra de la stratégie qu’il adoptera.

Mais il y a une chose qui doit attirer notre attention, comment on peut faire des élections dans un pays où plus de 60% du territoire est contrôlé par des hommes en armes et dans les 40% restant il y a des miliciens armés prêts à en découdre avec celui qui n’est pas leur partisan.

Donc comme on le voit tous la situation est simple : si on va aux élections sans désarmement celui qui gagne, même s’il gagne objectivement sera accusé d’avoir triché et fraudé et il se trouvera des hommes armés pour lui contester son élection et se sera reparti pour une autre guerre.

Pour qu’il y ait la paix après les élections, il faut la présence d’une seule armée qui puisse contrôler le troisième tour des élections qui peut se passer dans la rue avec des hommes armés.

Donc je crois que Gbagbo n’est pas fou pour aller à des élections en sachant que Soro n’a pas un control total sur les hommes qui sont en arme et que ceux-ci ne déposeront pas leurs armes si facilement, surtout qu’il n’ont plus peur des forces de l’ordre puisqu’ils sont tous formés au maniement des armes de guerre.

Donc ce n’est pas les faux sondages de la Sofres qui feront aller Gbagbo aux élections. Vous savez j’ai travaillé pour la Sofres à Paris à travers une de leur filiale nommée Phone-city. La Sofres c’est la société de madame Parisot qui est la présidente du patronat français et qui dit patronat dit UMP et qui dit UMP dit le pouvoir.

Je crois fermement que la Sofres encourage juste Gbagbo pour qu’il aille se faire dégommer à des élections sans effusion de sang et sans trop de dégâts. Mais Gbagbo lui-même connaît la réalité du terrain. Les méthodes de la Sofres ne sont pas adaptées à la Côte d’Ivoire, car leur base de sondage est fausse. En Côte d’ivoire on fait ce qu’on appelle du sondage ethnique et non le type de sondage que fait la Sofres qui, même en France, en son temps, a pronostiqué la victoire de Jospin alors que c’est Le Pen qui est passé contre Chirac. Tous les pronostics aux présidentielles de la Sofres ce sont avérés inexacts. Ce n’est donc pas une agence crédible ici en France. Mais au-delà, je pense que c’est une stratégie de mise en confiance de Gbagbo pour éviter ce qu’on appelle l’effet « Samson » ou la stratégie du naufrage collectif.

Vous savez la bible raconte que Samson a fait plus de mort à sa mort que de son vivant, donc il faut ménager Gbagbo pour l’amener en confiance aux élections.

 

 

Seriez-vous disposé à le rejoindre avec votre parti au cas où il vous tendrait une perche ?

Il y a deux façon de voir les choses : quand des personnes sont aux commandes des affaires et qu’on estime qu’elles sont dans l’erreur ou qu’elles font fausse route, soit on s’attaque à elles en les combattant pour chercher à prendre leur place ou pour mettre à leur place des personnes qu’on estime bien, soit on se dit que ces individus font des erreurs qui peuvent avoir des répercussion négatives sur nous-mêmes et sur l’avenir de tous, donc on se dit qu’il faut les aider et les accompagner afin qu’ils ne continuent pas dans leurs erreurs.

Si on choisit la première option qui est celle de les combattre, ils vont naturellement résister, et dans ce cas il y a deux forces qui s’opposent et cela cause des pertes en énergie et en temps et on peut même ne pas atteindre l’objectif du changement qu’on vise.

Si on choisit la deuxième option les changements peuvent arriver lentement, mais si la personne qui gère est intelligente elle peut finir pas comprendre les propositions justes et intelligentes qu’on lui fait. Ce qui fait qu’on atteint notre objectif de changement sans effusion de sang ni dépense inutile d’énergie. C’est cela le principe même du lobbying : vous voyez, on n’a pas forcément besoin d’être soit même au pouvoir pour obtenir les changements qu’on souhaite.

En ce qui nous concerne, nous ne réfléchissons pas par rapport à des hommes mais par rapport à des projets politiques, c’est cela notre disposition d’esprit.

Tout homme politique qui s’engage à mettre en pratique le tout ou une partie du projet du CPR peut avoir notre soutien. Si Gbagbo s’engage à le faire pourquoi on ne le soutiendrait pas.

Même si Soro était candidat et qu’il s’engageait sur papier à mettre en pratique le projet du CPR, nous allions le soutenir, pas pour sa personne, mais pour voir nos idées s’appliquer.

Ce n’est pas une question de personne c’est une question du pays et des projets qui vont le faire avancer.

Gbagbo a déjà fait beaucoup d’effort contre son propre camp truffé de nationaliste, concernant la question de la citoyenneté, s’il continue dans le sens de ces efforts et prends des engagements sur la question de la santé, de l’emploi, de la retraite paysanne, du RMV, et des autres problèmes dont nous parlons dans notre projet, alors nous ne voyons pas de raison de ne pas le soutenir.

Si c’est ADO, Bédié, Wodié, Tohou ou encore Gnamien qui prend cet engagement nous le soutiendrons, faute de quoi notre parti ne soutiendra personne

Nous sommes un parti et on définit les bases de notre alliance avec les organisations qui souhaitent qu’on s’engage avec elles

Le RHDP de Bédié et ADO vous y croyez vraiment ? Vous parait-elle crédible pour renverser Laurent Gbagbo ?

Vous savez il y a trop de confusion dans ce pays l’opposition est au gouvernement et le parti au pouvoir joue le rôle de l’opposition. Nous sommes dans un pays bizarre où les opposants ont renoncés à leur rôle.

Quand j’étais au pays, en tant que simple citoyen, je n’acceptais pas des choses que les opposants acceptent aujourd’hui. Je ne comprends pas par exemple que des gens prennent l’engagement d’organiser des élections en 10 mois et qu’au bout de trois ans ces élections ne soient pas organisées et que l’opposition en question cautionne par son silence ce genre de chose. En tous cas en tant qu’opposant je ne réagirais pas ainsi et ça tout le monde le sait.

Je ne comprends pas que les gens qui sont concernés, soient inactifs et qu’ils pensent plutôt à préserver leurs postes ministériels dans un gouvernement qu’eux-mêmes traitent d’illégitime. Vous voyez souvent on se tait pour les regarder pour ne pas qu’on nous accuse d’être les responsables de l’échec de ces gens, mais il y a de quoi choquer dans ces confusions de rôle.

Concernant votre question sur la capacité de cette opposition à renverser Gbagbo, il faut dire que je ne connais pas leurs moyens ni leur stratégie donc je ne peux pas me prononcer sur leur capacité à pouvoir renverser Gbagbo.

Dans tous les cas les élections nous diront qui est capable de quoi si elles ont lieu. Mais pour le moment on peut dire que c’est une opposition caviar.

Je crois aussi qu’une chose est certaine dans l’opinion publique c’est que, Bédié a un passé sale de tribaliste haineux, qui a divisé le pays avec son idéologie ivoiritaire, si nous étions en Europe, il serait jugé pour crime contre l’humanité. Un pareil un individu peut s’autoriser à parler encore à cause du tribalisme qui se perpétue dans le pays, sinon que peut-il apporter au pays à plus de 75 ans et avec un tel passif ?

Lors des prochains débats, ce n’est pas d’histoire que nous parlerons, on parlera de l’avenir du pays et on n’a pas besoin d’un grand père pour parler de notre avenir et de celui de nos enfants. Bédié fait partie d’une classe d’hommes politiques dépassée par les réalités et les défis modernes. Je pense qu’il a tout intérêt à se chercher une bonne place dans une maison de retraite et qu’il passe le relais aux hommes dynamiques de son parti. À 80 ans presque on se repose, il ne faut pas s’emmerder avec les histoires des personnes qui ont 18 ans.

Quand à Ado je ne le connais pas en tant que président mais on a son bilan en tant que premier ministre. Je me prononcerai en tant opportun sur ce bilan.

Dans tous les cas, je ne comprends pas pourquoi il s’accoquine avec quelqu’un comme Bédié, qui est reconnu par tous les intellectuels du monde comme le père d’une idéologie tribaliste et fractionniste.

Henri Konan Bédié fera-t-il un bon président ou sera t-il un revanchard ?

Cela fait un bout de temps que j’ai renoncé à tenter de faire comprendre quoi que ce soit aux bédiéistes convaincus et aux idolâtres de ce triste personnage politique.

Ses partisans tribalisés, fanatiques, rescapés et nostalgiques de l’Ivoirité, me laissent souvent pantois. Je trouve qu’il y en a beaucoup qui n’ont pas leur cervelle au complet, car quelqu’un qui peut croire que Bédié est brillant et porteur d’avenir pour les générations actuelles et futures, est quelqu’un qui a forcément renoncé à un moment ou un autre à utiliser ses neurones.

Sinon nous savons tous que Bédié a déjà eu à gérer le pays, son discours n’a apporté que la guerre, et c’est ce discours que Gbagbo n’a pas réussi à désamorcer à temps, pour des raisons électoralistes et parce qu’il était sous la pression de la frange ultranationaliste de son Parti. Je pense que 99% de ceux qui soutiennent Bédié ne raisonnent pas, ils sont guidés par le tribalisme et c’est tout. C’est des adorateurs qui ne cherchent pas à réfléchir avec leur cervelle.

Fort heureusement pour le pays que cette race de personne est en voie de disparition, et leur gourou perd chaque jour plus de soutiens au niveau international puisque tout le monde est d’accord pour dire qu’à plus de 75 ans, c’est un vieux cheval sur lequel personne ne doit parier. Quand on a plus de 75 ans on n’incarne pas l’avenir, mais le passé.

Ses compagnons d’âges sont tous à la retraite, les Chirac, les Bill Clinton et les Bush qui sont moins âgés que lui sont à la retraite, que veut-il encore et que peut-il encore pour ce pays ?

Aujourd’hui les jeunes sont sur twitter, facebook et flicker, c’est là des choses que Bédié et compagnie ne peuvent pas comprendre, puisqu’ils sont enfermés dans un nationalisme syncrétique. Aujourd’hui notre génération s’exprime en langage html agrémenté de PHP, ASP, ou Java, sur des réseaux sociaux mondiaux, ça c’est des choses que les Bédié ne comprendront jamais puisque ce n’est pas de leur génération. Dite au grand père de se trouver une maison de retraite, on va lui trouver quelqu’un pour le garder. Je lui recommande personnellement d’arrêter son « parler jeune » ridicule. Qu’il se détrompe et évite de tromper les autres, car le Nouchi, qu’il tente de parler avec peine, n’est pas une fontaine de jouvence qui aurait pour vertu que quiconque le parle, rajeunit ou ne vieillit plus.

Là il s’agit de parler de l’avenir du pays et non de son histoire ni de la préhistoire.

Qu’il s’estime déjà heureux si on ne le juge pas pour sa thèse nationaliste de l’Ivoirité.

Ce que je sais de Bédié c’est que c’est un partisan de la torture et un tribaliste haineux ; c’est l’homme des promesses jamais tenues. C’est lui qui a lancé une commission rogatoire contre ADO avec qui il est allié aujourd’hui. Je crois qu’il a oublié ça à cause certainement de son âge avancé. Je n’aime pas ce genre de type qui vous déshabille en public et qui cherche à vous rhabiller en privé.

Vous faites partie de la génération  »dorée » de la Fesci, onze ans après peut-on savoir ce qui a vraiment amené le clash entre vous et Blé Goudé en 1998 ?

Je crois avoir répondu à cette question plus haut, concernant les rapports entre blé et moi, disons que Je n’ai de problème avec lui, c’est un ami que je salue au passage tout comme tous mes anciens collaborateurs de la Fesci. Nous formions à l’époque une belle famille avec des moments de ruptures et des moments d’ententes, mais c’est tout ça qui forme une famille comme la nôtre. Il y a des choses sur lesquelles on est d’accord et d’autres sur lesquelles on ne l’est pas, mais on se le dit.

Quelle est votre opinion sur le Blé Goudé d’aujourd’hui avec sa casquette de leader des jeunes Patriotes ?

C’est un personnage complexe, dont j’admire parfois le talent en tant qu’artiste politique.

Ce qui me choque parfois, c’est qu’il accepte qu’à plus de 37 ans on le fasse passer pour un « jeune ». À 37 ans on n’est plus jeune, dans une organisation politique on fait partie des jeunes au maximum à 28 ans, à 37 ans on est homme politique et adulte responsable, père de famille. Pour ma part je refuse qu’on me traite de jeune à 37 ans.

Blé est constant, il a choisit un camp et il pense être dans le vrai, il y a des combats que je partage avec lui, et je le lui dis et il y a des choses que je ne partage pas et ça aussi je le lui dis. Et même au fort de la crise qui m’opposait à lui en 2000 lui et moi nous nous appelions pour discuter.

Doit-on s’attendre un jour à la paix des braves entre vous et surtout à un retour du duo que vous avez constitué auparavant ?

Je pense qu’on n’a pas le choix, chacun de nous a son talent. Si on est condamné à vivre dans le même pays, soit on s’accompagne mutuellement pour corriger ce qu’on pense être les erreurs de l’autre, soit on continue de se regarder en ennemi et on cherche à saboter tout ce que l’autre fait, que ce soit bien ou mal et dans ce cas on ne sert à rien, et on ne sert pas les intérêts du pays.

Je crois qu’il y a des grands chantiers qui s’imposent à notre pays, il y aura des grands changements, on doit se soutenir mutuellement pour s’accompagner mutuellement, en apportant chacun son expérience. Il faut rompre avec ces conflits de personnes qui en réalité sont le reflet de notre égo.

Nous ne somme rien fasse au pays et on doit effacer notre petite personne au profit des intérêts du pays et c’est ça mon état d’esprit aujourd’hui ; il s’agit de chercher à faire avancer la nation.

Qu’il s’agisse de Blé, de Soro, IB et les autres, aujourd’hui j’ai tourné la page des rancœurs et je les regarde en tant que des frères qu’il faut accompagner et soutenir, pour ne pas qu’ils tombent dans des erreurs qui peuvent nous être préjudiciable à tous.

Blé est un frère et un ami, un artiste qui me fascine par son talent en tant qu’acteur politique, je comprends pourquoi le président Gbagbo dit de lui que c’est un sorcier. Nous on l’avait surnommé le sultan, je crois qu’il mérite son titre.

A quand votre retour en Côte d’Ivoire et où se situera votre Parti ?

Mon retour est pour dans pas longtemps ; mes camarades sur le terrain sont à pied d’œuvre pour le préparer, sur le plan de la logistique.

Une fois que je serai sur le terrain, soyez en sûr les choses bougeront. En ce qui concerne notre parti, il se situera du côté de ceux qui se battent pour le peuple.